Je me souviens d’une animatrice égyptienne qui se posait la question de savoir combien de temps, il fallait donner à des facilitateurs pour réaliser une recherche-action participative, selon la méthode « Je participe, tu facilites ».
Ma réponse a tours été la même : « Il faut donner du temps au temps« . Je crois profondément en cette phrase, mais je reconnais que c’est un peu facile de répondre de cette façon. La durée d’une recherche-action ? Puisque l’on veut une réponse plus complète, je prendrai trois exemples de recherche-action qui ont été menée à termes.
La plus longue ?
En premier lieu, je pense à celle que René Sibomana a mené, ou plutôt à fait mené par un des tous premiers animateurs de Action Jeunesse & Environnement au Sénégal. Daouda a commencé une recherche-action qui a duré entre deux et 30 ans ! Ok ce n’est pas Daouda 1 qui a animé durant 30 ans. C’est une succession de facilitateurs/trices qui ont donné la parole aux jeunes apprentis et au patrons des ateliers qui se trouvent en grand nombre dans l’économie informelle. Personne n’a jamais calculé le nombre de recherche-action participative qui ont eu lieu durant toute ces années.
Il y a une chose qui est certaines, c’est qu’il en est sorti un système éducatif informel qui a été formalisé par l’État sénégalais. Les apprentis, à la fin de leurs cursus d’apprentis se voient sanctionnés d’un diplôme reconnu par l’État.
Plus court que ça…
A l’autre extrême, prenons celle qui a été initiée par l’association Asmae. Elle dure un jour. Comme je vous le dit. Un journée non pas pour un groupe mais bien pour une personne. S’il est vrai que la méthode a été crée pour des groupes pour une question d’efficacité au sein d’une communauté plus vaste, il n’en reste pas moins qu’une personne peut se trouver en désespoir parce qu’elle est seule et qu’elle n’arrive pas à trouver la meilleure solution à son problème. Il ne faut pas plus qu’un jour pour en venir à bout de son problème.
Mais croyez moi, le travail du facilitateur est intense. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans Asmae, nous animions à deux, une seule personne. Pas rentable ? Si c’est très rentable, même pour une personne qui s’en sort ainsi dans la vie, qui trouve sa voie, crée son métier qui va invariablement toucher ses amis, son entourage et donc faire tache d’huile; là-aussi, comme avec un groupe.
Entre ces deux extrêmes ?
Il existe un nombre impressionnant de durée. Pourquoi ? Tout simplement parce que chaque facilitateur prend le temps qui lui faut pour faciliter la démarche d’une part, et d’autre part cela dépend des informations fournies par le groupe. Il est clair que la collecte de données et la cartographie prennent le plus de temps. Ça vaut la peine de prendre tout ce temps-là, car très souvent, la solution se trouve dans la récolte de données. Je pense aussi à la recherche-action menée par des jeunes sénégalais de l’association Graines sur la Justice climatique. Ils ont pris un an et demi environ pour déboucher sur des actions pertinentes qui ont vu le jour en 2025.
En conclusion, il n’y a pas de durée officielle. C’est pour cela que la phrase : Donner du temps au temps, est la meilleure qui soit. Il faut s’octroyer le temps que le groupe d’enfants, de jeunes ou d’adultes a besoin pour réfléchir, collecter, partager, évaluer, capitaliser. La seule règle absolue est que tu dois te donner le temps qu’il faut pour qu’un jeune, un groupe arrive à trouver la ou les solutions qui vont annuler son problème. Cela vaut la peine d’attendre le temps qu’il faut pour arriver à la disparition du problème.
Si le facilitateur a bien fait son travail, il sera choisi par le groupe pour l’aider à réaliser son action qui fera disparaître le problème. A ce moment-là, l’animateur reprend le dessus et le facilitateur disparaît. Mais l’animateur, reste dans son rôle d’accompagnateur du groupe tout en respectant la démarche collective.
Géry de Broqueville
- Daouda a tout de même animé les deux premières années. ↩︎
